RechercheAbonnementArchivesCourrier

Page d'accueil

Les Chroniques de Cybérie
Chronique du 30 juin 1998

© Les Éditions Cybérie inc.

Le 30 juin 1998.

Salutations à tous les Cybériens et Cybériennes!

Cette Chronique n'est optimisée ni pour Netscape, ni pour Internet Explorer, elle l'est pour ses lecteurs et lectrices.

Cette semaine...

Noms de domaines et droits d'auteurs
Et une seule petite lettre fait toute la différence...
Branchement des PME canadiennes
Sites web : conception à l'interne ou sous-traitance?
Les portails
Nouvelles secousses dans la presse américaine
Lectures rapides
Le sida en chiffres
En bref...
Beau détour

 Noms de domaines et droits d'auteurs
Selon une nouvelle étude sur les litiges relatifs aux noms de domaines portés devant les tribunaux, ils sont trop étroitement liés aux lois sur les droits d'auteurs, et les jugements penchent bien souvent en faveur des grosses entreprises au détriment des requérants aux goussets plus modestes. L'étude a été menée par le directeur du programme d'études supérieures en télécommunications et en gestion de réseaux de l'Université de Syracuse, Milton Mueller. Une version provisoire est disponible, en attendant la version «officielle et académique» (les mots que l'auteur a utilisé dans nos correspondances) qui sera présentée en octobre à l'occasion de la 26e conférence annuelle sur la recherche en politiques des télécommunications.

L'étude porte sur 121 litiges liés aux noms de domaines. Mueller a d'abord établi un classement général par types de cas : non respect de droits d'auteurs, démarche spéculative d'appropriation (squatting de nom de domaine), entreprises qui ont la même raison sociale, et autres cas dont ceux de parodie d'entités commerciales ou politiques. Presque la moitié des cas recensés dans le cadre de l'étude impliquaient deux entreprises qui portaient le même nom. En général, les tribunaux ont donné raison à la première entreprise ayant réservé le nom de domaine, bien que dans de nombreux cas on ait favorisé la plus importante des deux entreprises.

Environ 35 % des cas mettaient en cause des spéculateurs ayant réservé un nom de domaine évoquant le nom d'une tierce entreprise, dans le but de le «revendre» à cette dernière à gros prix. Sans exception, les tribunaux ont penché en faveur des détenteurs légitimes de raisons sociales, étendant ainsi à tort les lois sur les droits d'auteurs selon Mueller. «On a permis, dans le cas d'Internet, aux détenteurs de marques de commerce de faire valoir des droits de propriété qui vont bien au delà des droits qui existent en vertu des lois et de la jurisprudence en matière de marques de commerce» affirme Mueller.

L'opinion ne sera certes pas partagée dans tous les milieux, surtout chez les disciples de Thémis qui sortent grands gagnants de tous les litiges, quelles qu'en soient les issues.

Soulignons que Milton Mueller livrera dans le cadre de INET'98, le 22 juillet prochain à Genève, une présentation sous le thème «La débâcle de la gouverne : comment l'idéal du réseautage a été enseveli sous les considérations politiques». Haut de la page


 Et une seule petite lettre fait toute la différence...
Intéressant de voir l'importance que prend la question des noms de domaines et des produits ou services qu'on souhaiterait les voir évoquer. Et parfois, une seule petite lettre fait toute la différence. Par exemple, saisissez directement dans le champ d'adresse de votre fureteur le nom de domaine d'un moteur de recherche bien connu, mais en escamotant la dernière lettre de la particule principale, et vous voilà sur un site référence XXX.

Autre exemple, Maxim, le périodique qui se décrit comme la meilleure chose qui soit arrivée aux hommes depuis la femme. Puis, Maxi, un netmag qui dénonce l'image traditionnelle des femmes véhiculée par certains médias. On est carrément aux antipodes, et pourtant la seule différence est un petit «m» de plus ou de moins dans l'adresse. Haut de la page


 Branchement des PME canadiennes
La Fédération canadienne de líentreprise indépendante (FCEI) dévoilait la semaine dernière les résultats d'un sondage mené auprès de ses membres sur l'utilisation d'Internet. Première constatation : plus une entreprise est importante, plus son chef est susceptible d'être branché. «Près de 70 pour cent des chefs d'entreprise employant entre 100 et 499 employés sont connectés, ce qui correspond environ au double de la proportion des entreprises de moins de cinq employés» peut-on lire dans le compte rendu des résultats du sondage.

C'est en Nouvelle-écosse qu'on constate le taux de branchement le plus élevé (56 %), et à l'Île-du-Prince-Édouard, en Saskatchewan et au Québec les taux les plus faibles. Selon la FCEI, «Ces provinces ont une proportion plus élevée de très petites entreprises, ce qui explique la baisse du taux moyen de branchement. Les entreprises québécoises ont aussi moins de possibilités de profiter des capacités d'Internet parce que les applications et les services en français ne sont pas encore aussi courants.» Et de conclure la Fédération, «malgré son essor rapide jusqu'ici, Internet n'a pas encore atteint le stade où l'on peut dire qu'il a envahi la totalité des PME canadiennes.»

Nos collègues des «Clés du commerce électronique» publiaient il y a une quinzaine une analyse intitulée «La révolution plutôt tranquille du cybercommerce québécois» dont il se dégage du portrait d'ensemble quelques projets avortés, des obstacles nombreux pour les nouveaux commerçants purement virtuels et de petites retombées pour les autres. Les auteurs concluent qu'«autant dire, ou presque, que la révolution du cybercommerce de détail se limite pour l'instant au Québec à une nouvelle forme de marketing.» Haut de la page


 Sites Web : conception à l'interne ou sous-traitance?
Méfiez-vous des personnes qui vous diront que créer un site Web est un jeu d'enfant, que les techniques sont simples, que tous peuvent les maîtriser, et que les soi-disant concepteurs sont outrageusement surpayés. Quiconque a mis la main à la pâte et a su produire une fournée de pages respectant les règles de l'art sait qu'il n'en est rien. La conception d'un site, de son architecture, de sa navigabilité, de la facilité d'accès au contenu et de tous les autres éléments qui font d'un site Web une réussite sur le plan de la présentation doit être confiée à des gens qui s'y connaissent.

Il existe de bons guides en conception de sites, le classique demeurant, à notre humble avis, David Siegel et son traité de style Web Creating killer websites. Des outils en ligne, aussi, comme le service Website Garage où vous pouvez effectuer une évaluation technique de votre site, procéder à une mise au point, optimiser les graphiques, générer des balises méta.

Quand un particulier crée un site, il s'agit souvent d'un passe-temps et de nombreuses considérations (temps, technique, hébergement, etc.) ne tiennent pas. On va de l'avant, on expérimente, on s'en donne à coeur joie, puis on recommence quand on n'est pas satisfait. C'est une des grandes beautés de ce médium qu'on pourrait nommer «l'effet laboratoire».

Il en va autrement pour la conception de sites d'organismes ou d'entreprises qui doivent répondre à des besoins spécifiques sur le plan du contenu, s'arrimer à une stratégie de communication, et afficher une maîtrise technique du médium. La question se pose alors : trouver des ressources à l'interne pour la réalisation du site, ou confier un mandat de conception et de réalisation en sous-traitance à des spécialistes de l'extérieur?

Jakob Nielsen est ingénieur et concepteur de site pour la société Sun Microsystems. Nielsen publie aussi, au gré de ses disponibilités, une lettre qui traite des questions de convivialité et de design Web. Dans la plus récente livraison de sa lettre, Alertbox, Nielsen tente d'éclairer le débat.

Nielsen affirme que la conception de sites Web est une des compétences de base en économie réseau, et que les entreprises et organismes doivent disposer, à l'interne, des ressources nécessaires. Selon lui, le site Web joue un rôle pluriel de représentation commerciale, de vitrine de produits et services, de service de livraison et de soutien à la clientèle. Compte tenu de l'importance stratégique de la conception d'un site Web qui doive coller étroitement aux objectifs de l'entreprise et à sa culture interne, il est préférable que la responsabilité incombe à du personnel maison.

Reconnaissant le principe essai/erreur qui caractérise bien des projets Web, Nielsen prétend que la sous-traitance ne permettra pas à une entreprise ou un organisme d'apprendre des erreurs commises de manière à ne pas les répéter. Il suggère donc que la maîtrise d'oeuvre soit confiée à une ou des personnes de l'interne qui verront à atteindre les objectifs de communication et de convivialité souhaités. Le volet rédactionnel doit être produit à l'interne, et par des gens qui n'écrivent que pour le Web, de manière à ne pas teinter l'écriture Web du style des imprimés qui ne convient pas à l'écran soutient Nielsen.

Toutefois, Nielsen détermine certaines tâches et fonctions qu'il sera préférable, dans bien des cas, de confier à des spécialistes de l'extérieur dont la réalisation des graphiques, la révision des textes, la traduction, l'hébergement sur serveur. Haut de la page


 Les portails
La mode est aux «portails», ces portes d'accès au réseau qui combinent actualités, météo, horoscopes, cotes de la bourse, index de sites, moteurs de recherche. En plus, certains vous offrent une adresse de courrier électronique originale, des salons virtuels de bavardage, des raccourcis pour les achats en ligne. On peut aussi, dans bien des cas, personnaliser cette page de départ et se tailler sur mesure une page qui convienne à ses intérêts.

Si les portails connaissent une telle vogue, c'est que bien utilisés, ils peuvent en effet simplifier pour une partie croissante des utilisateurs et utilisatrices l'accès au réseau. Les études confirment en effet que les nouveaux venus dans l'espace cyber sont moins «bricoleurs» que leurs prédécesseurs, et comme ils constitueront bientôt une majorité, pourquoi ne pas dès maintenant leur offrir des guides simples et adaptés. Nombreux sont les analystes à prévoir que les bons produits du genre attireront une clientèle de masse et engendreront des recettes publicitaires enviables. D'autres sont plus sceptiques. David Wilson du San Jose Mercury News brosse un tableau des enjeux.

Netscape travaille à la version beta de son portail, le moteur de recherche Excite a déjà adopté la formule depuis longtemps, le magnat de la presse Conrad Black lançait récemment un produit portail, Canada.Com. En français, Nomade ou Francité sur le service InfiniT constituent des exemples fidèles au moule. Mais à visiter ces sites, sans vouloir offenser les concepteurs, on sent rapidement l'effet «kif-kif».

L'auteur et chroniqueur David Hudson, dans un récent article, analyse pour sa part le phénomène des portails qu'il compare à la version papier du quotidien USA Today. Une première page qui abonde en illustrations, la possibilité de parcourir l'actualité en un coup d'oeil, quantité d'accroches pour le contenu qui se trouve dans les pages intérieures. Le journal se distingue carrément des publications concurrentes, et selon Hudson la création d'éléments distinctifs sera le grand défi des concepteurs de portails, soit se démarquer en offrant tout compte fait le même contenu que la concurrence. Place à l'imagination. Haut de la page


 Nouvelles secousses dans la presse américaine
Après Stephen Glass du mensuel The New Republic, révoqué pour avoir inventé des éléments de ses articles, et la «démission» de la chroniqueure Patricia Smith du Boston Globe pour des raisons similaires, la presse américaine est cette fois-ci secouée par le congédiement de James Fallows, rédacteur en chef de l'hebdomadaire U.S. News and World Report.

La direction du magazine et son ex-rédacteur en chef semblent s'être entendus pour parler de désaccords sur l'orientation du numéro trois des hebdos américains (après Time et Newsweek). La chaîne CNN évoque plutôt des questions de coupes budgétaires auxquelles Fallows s'objectait, et des décisions éditoriales que la direction lui reprochait.

Âgé de 48 ans, Fallows avait déjà été principal rédacteur des discours du président Jimmy Carter avant de se joindre, en 1979, au mensuel The Atlantic Monthly. Auteur de nombreux articles dans d'autres publications, son plus récent livre (publié en 1996) s'intitule «Breaking the News: How the Media Undermine American Democracy», une critique sévère à l'endroit du journalisme américain, des «journalistes vedettes» qui se font conférenciers pour de grandes sociétés, de l'esprit de complaisance d'une certaine presse et de son manque d'intérêt pour les questions de fond.

Maintenant qu'il aura plus de temps à lui, Fallows pourra peut-être avec son copain David Rothman actualiser et étoffer son site Web personnel fort négligé depuis septembre 1997. Haut de la page


 Lectures rapides
Dans Libération, «Les sept vices du hi-tech», entretien avec Robert Bell, chasseur de péchés technologiques, des errements de la haute technologie. Une typologie en sept points des champions européens du vice hi-tech : l'abolition des contrôles, le développement simultané, la mainmise des fournisseurs, les contrats sinécures, la technologie politicienne, la volonté d'échapper au débat public et les fraudes et compromissions. Propos recueillis par Sylvestre Huet.

Aussi dans Libération, Cahier Multimédia cette fois, Larent Mauriac recueille les propos de J.-P. Baquiast, auteur d'un rapport sur la modernisation de l'administration publique française. En France, comme en bien d'autres pays, on assiste à des initiatives des gouvernements pour passer de l'état corridor à l'état réseau. «Et si l'Internet ne prend pas? Les fonctionnaires se feront dépasser par les citoyens. L'Internet change leurs attentes à l'égard de l'état. Les citoyens, eux, seront sur l'Internet. Ils comprendront de moins en moins que l'état ne leur accorde pas l'utilisation de cet outil pour communiquer avec lui.»

Le redresseur de tordus, tel est le titre de l'entretien de MichaŽlle Jean avec Charles Taylor dans le périodique l'Actualité. Un commentaire sur notre plus récent entartré québécois, «Je ne supporte pas l'étroitesse d'esprit d'individus comme Preston Manning ou Howard Galganov, qui est le comble même de la vulgarité et de la mauvaise foi. Bill Johnson est le pire des cas. Il est tordu par la haine. Au lieu de se servir de sa situation d'homme privilégié, bilingue, instruit, qui a tout lu en français, pour donner l'heure juste à la communauté anglophone, il véhicule des grossièretés. Toutes ces personnes font énormément de tort au Québec.» Haut de la page


 Le sida en chiffres
C'est jusqu'à ce vendredi que se déroule à Genève la Douzième conférence mondiale sur le sida, l'occasion de nouveau de faire le point sur la progression de ce fléau. Le SIDA en chiffres, selon CNN : plus de 90 % des 30,6 millions de personnes infectées par le VIH vivent dans des pays en voie de développement, 21 millions en Afrique. L'épidémie a fait près de douze millions de morts depuis le début des années quatre-vingt. Depuis la tenue de la dernière conférence mondiale à Vancouver en 1996, dix millions de personnes ont été atteintes par le VIH.

On trouve aussi sur Info-SIDA Québec de nombreux textes, rapports et autres documentations à jour (et en français) sur le VIH, ses ravages, les nouveaux espoirs, et les échecs prévisibles.

Si l'accent est mis sur la propagation du VIH dans les pays en voie de développement, il convient cependant de ne pas perdre de vue, dans les sociétés dites plus développées, certains faits inquiétants. Par exemple, la réussite même relative de certaines trithérapies semble diminuer chez une partie des personnes à risque l'importance des méthodes de prévention.

Un livre important a été publié ce printemps, «Les préjugés plus forts que la mort : Le sida au Québec» de la journaliste Carole Graveline et des médecins Jean Robert et Réjean Thomas (chez VLB éditeur). Les témoignages sont durs, on y découvre un univers qui frise le cauchemar entre politicaillerie, affairisme et inconscience. «À cette époque [1985] où le milieu de la recherche était en effervescence et où la course aux Nobel était ouverte, le sida et les sidéens valaient de l'or. [...] Réjean Thomas rapporte : "On a offert 35 000 $ à une secrétaire de la clinique l'Annexe pour avoir accès aux dossiers."» Plus loin, le docteur Réjean Thomas affirme «On est bien conscient que les toxicomanes, les itinérants, les malades mentaux n'auront pas, ou si peu, accès aux soins. Le quart-monde, tout comme le tiers-monde, continuera à mourir du sida.»

Aussi, un volet dont on parle peu : «Le cas des femmes atteintes de sida est différent. Beaucoup sont venues à la clinique. Je parle de femmes à l'aise, indépendantes financièrement, et qui prennent des risques énormes juste pour ne plus être seules, pour être en amour, rencontrer un homme [...] La souffrance et la solitude des femmes dans une ville comme Montréal sont incroyables, et, comme dans beaucoup d'autres cas, le sida est perçu comme un moindre mal.»

Un livre dur, mais incontournable pour savoir ce qui s'est passé, et ce qui perdure. Haut de la page


 En bref...
Un netmag hebdo assez intéressant, Mania.Net sur lequel on trouve cette semaine un article intitulé «à qui profite le clic?», une analyse critique des systèmes d'échanges de bannières pour faire la promotion des sites Web. Diversité de sujets abordés, bien écrit, sur un ton franc, possibilité de s'abonner par courrier électronique aux dépêches.

Le site mi-perso/mi-promo de Marie Soledad, auteure, compositeure, interprète et poète. Lectures poétiques et écoute en RealAudio qu'on aurait cependant intérêt à offrir en défilement (ram) plutôt qu'en téléchargement (ra).

Pour accompagner l'exposition «Surface du quotidien : La pelouse en Amérique», le Centre canadien d'architecture propose un texte intéressant sur les origines de cette méconnue du paysage urbain, la pelouse. De quoi passer le temps quand la tondeuse du voisin nous empêche de travailler.

Si vous êtes plutôt du genre persil, sauge, romarin et thym, un petit site bien sympathique sur les diverses plantes herbacées utilitaires que l'on peut faire pousser soi-même en jardin ou à l'intérieur. Conseils sur le compagnonnage des plantes, la conservation, ainsi que glossaire et références. Haut de la page

 Beau détour
Cette semaine, l'exposition «De l'autre côté du miroir», série d'autoportraits de photographes, qui était présentée l'hiver dernier à l'espace PICTO BASTILLE. Haut de la page

Sur ce, nous vous souhaitons une bonne semaine à tous et à toutes, une heureuse fête nationale aux Canadiens et Canadiennes ce premier juillet, et à nos lecteurs et lectrices des états-Unis ce quatre juillet.

Et pas un mot sur Win'98. Rafraîchissant, non?

Écrire à Jean-Pierre Cloutier

Haut de la page


Page d'accueilRechercheAbonnementArchivesCourrier
© Les Éditions Cybérie inc. | Revue de presse | Publicité

URL : http://www.cyberie.qc.ca/chronik/980630.html