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Planète Internet Québec
Numéro 6, juillet/août 1997

CONFUSION

De plus en plus, on fait converger les intérêts du multimédia vers ceux de l'Internet, mais est-ce une voie souhaitable?

Cette année, le MIM (Marché international du multimédia) s'appropriait un nouveau «I» et devenait le Marché international des inforoutes et du multimédia, sans pour autant changer d'acronyme. Ceux et celles qui ont assisté à l'événement on vite compris que la place réservée à l'Internet était marginale et que l'on n'allait vraiment pas y aborder sérieusement les problématiques propres aux inforoutes. Mais comme l'an dernier, le MIM avait cru bon s'arrimer à un événement spécifiquement «Internet» pour mousser sa visibilité; le prétexte de cette année était la Conférence des ministres francophones chargés des inforoutes.

Une récente étude de Jean-Guy Rens de ScienceTech pour le compte de Bell, Vidéotron et les gouvernements québécois et fédéral s'intitulait «Perspectives sur l'industrie et le marché du multimédia et d'internet au Québec». Autre association étroite des deux secteurs dans un travail d'analyse certes valable pour les commanditaires de l'étude (Bell, Vidéotron, les gouvernements fédéral et provincial) mais de peu d'utilité pour les véritables acteurs des inforoutes.

L'Internet est et demeure avant tout un outil de communication conçu pour l'échange de «un à un» et de «plusieurs à plusieurs». Ce n'est que dans son incarnation commerciale qu'il devient un outil de diffusion calqué sur le modèle pyramidal de la télévision, de la radio et des grands organes de presse, et c'est là qu'il intéresse les grandes sociétés.

Pour sa part, le multimédia suit davantage une voie parallèle aux services à demande et aux produits de consommation grand public. Sauf pour la question de propriété intellectuelle, multimédia et Internet ne partagent pas les mêmes préoccupations. Demandez à n'importe quel spécialiste de vous parler des problèmes du multimédia, à coup sūr vous entendrez parler de chaîne de distribution commerciale des produits et d'adaptation locale de produits étrangers, d'exportation... un vocabulaire presque absent du discours sur l'Internet.

Liberté d'expression, respect de la vie privée, confidentialité des données, méthodes de paiement sécurisées et micro-paiement, normes de régies publicitaires, et autres questions cruciales pour l'Internet ne pèsent pas lourd dans la balance pour les entrepreneurs du multimédia.

Il y a certes des affinités techniques entre ces deux mondes, la première étant l'outil principal utilisé pour l'accès aux produits, c'est-à-dire l'ordinateur. On utilise certaines des mêmes normes de compression de fichiers graphiques et sonores, la sémiologie de l'écran est parfois commune, mais ça ne va pas tellement plus loin.

À terme, et l'horizon semble lointain, l'Internet pourrait devenir un véhicule de produits multimédias. Mais il faudra d'abord travailler à améliorer la bande passante pour pouvoir accommoder les contenus assez lourds que l'on charge maintenant depuis un cédérom. Autre avenue, les bornes interactives peuvent être reliées au réseau en permanence, ce qui en simplifie l'actualisation et l'élargissement des contenus. On peut aussi produire un cédérom jumelé à un fureteur de sorte que des hyperliens permettent l'accès à des contenus extérieurs. Mais on voit qu'il s'agit bien de deux mondes.

De plus, le multimédia est l'affaire des grosses entreprises et des tributaires de la sous- traitance qui s'agglutinent autour d'elles. Qu'on regarde la venue au Québec d'UbiSoft et le volume de subventions étalées en tapis rouge pour l'accueillir, on comprendra vite. De plus, le gouvernement québécois réaffirme que toute entreprise du secteur du multimédia qui répond aux critères de subventions recevra le même traitement.

En revanche, l'autopsie du Libertel de Montréal n'a pas permis de constater une cause précise du décès. L'expertise pointait cependant vers une sous-alimentation chronique, une carence prolongée d'oxygène, causes liées à la condition des projets démunis.

La cohabitation est facile entre ces deux univers issus de géniteurs apparentés. Mais il serait faux de croire qu'il faille leur faire partager une même plate-forme dans les débats, qu'ils puissent être analysés d'une même perspective, ou que leurs acteurs soient préoccupés par les mêmes enjeux.

Il convient donc de résister à l'assimilation réductrice des deux secteurs qui ne profitera aucunement à l'Internet et à la vie des réseaux, même si elle pourrait avantager le multimédia sur le plan de la visibilité.

Jean-Pierre Cloutier

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Mise en ligne : 28 juillet 1997